« Le premier ministre doit écouter les experts avant de promulguer la PPE 3 »
article paru le 10 février 2026 dans Le Figaro
Par Marc Fontecave André Merlin et Henri Wallard
TRIBUNE – Alors que l’exécutif s’apprête à officialiser sa feuille de route énergétique, trois
spécialistes de la question alertent sur les risques techniques et financiers et invitent le
gouvernement à s’appuyer sur les recommandations d’experts et les rapports officiels.
Marc Fontecave est professeur au Collège de France et membre de l’Académie des sciences.
André Merlin est président d’honneur et fondateur de RTE et ancien président du Conseil
international des grands réseaux électriques (Cigre). Henri Wallard est l’ancien directeur général
de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra).
Le 2 février dernier, Roland Lescure a annoncé des décisions majeures « dans quelques
jours » sur la programmation énergétique, suivies, dans quelques semaines, d’un grand plan
d’électrification. Saura-t-il tenir compte des nombreux rapports officiels qui alertent sur les
risques techniques et financiers de cette programmation, dans la forme qu’elle présente
aujourd’hui ?
Une dérive inquiétante se dessine : les analyses des institutions publiques scientifiques
(Académie des sciences, Académie des technologies, haut-commissariat à l’Énergie atomique)
et politiques (Cour des comptes, Opecst…) sont mises de côté, voire occultées, lorsqu’elles
soulèvent des objections. Le secteur de l’énergie est emblématique de cette déviance, alorsqu’il repose sur des contraintes physiques, des équilibres techniques et des enjeux financiers
qui ne se prêtent ni à l’approximation ni à l’opacité.
Ainsi, le gouvernement semble vouloir rapidement promulguer la Programmation pluriannuelle
de l’énergie (PPE), avant de recueillir les conclusions de deux autres rapports – le rapport Tuot
Lévy sur les coûts des énergies intermittentes et le rapport d’EDF sur la modulation des
centrales nucléaires. Si l’on en juge par les révélations du journal La Tribune, qui a eu accès au
second, de tels rapports doivent être pris en compte avant la finalisation de la feuille de route
énergétique du pays.
Production éolienne et photovoltaïque
C’est pourquoi il faut aujourd’hui alerter l’opinion. Le black-out en Espagne et au Portugal – dont
les enseignements détaillés ne sont pas encore connus – ou le niveau historiquement élevé de
la dette publique, devraient inciter l’État à la prudence et à la transparence. Sans céder au
catastrophisme, il est irresponsable d’ignorer les enjeux systémiques.
La question clé est le calendrier de développement des capacités de production
éoliennes et photovoltaïques. Exprimer des réserves sur cette trajectoire vaut d’être accusé de
conservatisme ou d’obstruction politicienne, comme si les lois de la physique, l’état des
technologies et la réalité du système électrique relevaient de l’idéologie. La question n’est pas
ici d’opposer le nucléaire aux énergies renouvelables. Il ne fait aucun doute que le mix
électrique de demain s’appuiera sur les deux. Elle est avant tout d’élaborer une politique qui
respecte mieux les équilibres : équilibre entre nucléaire et énergies intermittentes, équilibre
entre production et consommation électrique.
Il faut remettre ces enjeux au cœur du débat. La décision doit rester du ressort de l’exécutif et du
législateur, mais dans un cadre démocratique et transparent, éclairé par les avis scientifiques et
techniques, et non influencé par des groupes d’intérêt. Pour lutter contre le réchauffement
climatique, il faut réduire la consommation d’hydrocarbures et utiliser davantage l’électricité,
largement décarbonée en France. Mais la consommation électrique stagne, et notre pays sera
fortement exportateur pour plusieurs années. Cette situation ne serait pas problématique si
l’électricité pouvait être stockée massivement à faible coût. Mais les technologies disponibles
ne le permettent pas aujourd’hui, en tout cas à l’échelle requise. Un système électrique mal
calibré devient coûteux et difficile à piloter.
Notre surcapacité impose des ajustements permanents pour maintenir l’équilibre du réseau.
Alors que les capacités éoliennes et solaires installées ou en cours de déploiement (68 GW)
vont dépasser celles du parc nucléaire (63,2 GW), la poursuite de soutiens publics massifs dans
ces filières interroge. Sans croissance de la consommation et avec des exportations limitées par
les capacités de transport, les baisses de production imposées se multiplient dans les
installations nucléaires, utilisées majoritairement pour le suivi de charge, et les productions
éolienne et solaire sont elles-mêmes de plus en plus écrêtées. Une hérésie économique quand
on sait que les coûts de ces installations sont pour l’essentiel des coûts fixes.
Le gouvernement cherche en fait un bénéfice politique de court terme auprès de filières
influentes en n’hésitant pas à alourdir durablement les finances publiques.
Avec plus de solaire, ces à-coups de puissance des réacteurs nucléaires vont changer
d’ampleur, de vitesse et de fréquence. EDF a lancé en 2025 une analyse des conséquences de
cette forte modulation. Même si cette analyse n’a toujours pas été rendue publique, ce qu’on ensait maintenant grâce aux révélations du journal La Tribune fournit une alerte sérieuse sur les
impacts d’une modulation excessive du parc nucléaire : augmentation du coût du système et
dégradation de sa rentabilité se répercutant sur la collectivité, perturbations du marché de
l’électricité, hausse des coûts de maintenance, complexification de l’organisation des centrales,
tensions sur les réseaux électriques et les interconnexions, vieillissement accéléré de certains
équipements remplaçables.
Il faut aussi informer des enjeux financiers. Les coûts du système électrique sont disséminés
entre les factures des consommateurs, l’État en tant qu’actionnaire d’EDF et le contribuable via
le budget annuel. Derrière le débat stratégique se joue la volonté d’engager rapidement de
nouvelles subventions. L’argument de l’emploi ne saurait justifier de telles dépenses. Le
gouvernement cherche en fait un bénéfice politique de court terme auprès de filières influentes
en n’hésitant pas à alourdir durablement les finances publiques.
Nous plaidons donc pour une mise à plat des éléments techniques et financiers. Aucune
décision ne devrait être prise tant que les rapports disponibles ou en cours n’ont pas été
transmis au Parlement et sérieusement analysés. Une méthode raisonnable consisterait à faire
auditionner les experts scientifiques et techniques par l’Office parlementaire d’évaluation des
choix scientifiques et technologiques. Cette instance pluraliste, réunissant députés et
sénateurs, est la mieux placée pour offrir une vision d’ensemble, et garantir un débat enfin
transparent et contradictoire sans censurer les experts. Avec des auditions publiques et
archivées sauf dans les rares cas relevant de la sécurité nationale.
Complétée par une analyse financière par l’Inspection générale des finances ou la Cour des
comptes, cette méthode permettrait enfin une décision politique pleinement informée. Pour
notre avenir énergétique, il est urgent que la France se fonde sur la science et la raison et non
sur la passion ou les pressions des lobbyistes. Les Français ont clairement le droit de savoir.
À la télévision, André Merlin, ancien patron de RTE a été très clair :
La France a un excédent de capacité de production d’électricité d’un tiers par rapport à notre consommation nationale. Il est inutile de se lancer dans des investissements qui ne feront qu’augmenter le prix du courant.
Les journalistes de la télévision, pour faire plaisir aux écolos et au gouvernement défendent le texte paru, contre toute rationalité. En se soumettant contre nos intérêts à une Europe soumise aux intérêts allemands plombés par leurs éoliennes.
Maintenant que tout le monde, à l’image d’Ursula von der Payen, reconnait s’être lourdement trompé sur le nucléaire il serait temps de reconnaître la débilité de la promotion des énergies intermittentes, dès lors que notre électricité est produite avec du nucléaire.