Le Néolithique est la période où l’homme s’est sédentarisé. Il n’y a dans le Lacaunais et l’Espinouse pas de vestiges concentrés qui permettent de dire comment étaient construits et organisés les habitats archéologiques des populations néolithiques.

Une statue-menhir a été trouvée à côté de la maison de Payrac, ce qui m’a incité à rechercher ce à quoi pouvait ressembler un habitat local fait vraisemblablement avec les matériaux locaux.

Et je me suis interrogé sur le fait de savoir si on ne pouvait pas avoir une indication, en partant du bâtiment le plus traditionnel parvenu jusqu’à nous : la Jasse de Payrac.

J’ai invité Christian Servelle, l’un des spécialistes de la période néolithique dans le Midi de la France, car je voulais m’informer sur les techniques employées par les hommes préhistoriques vivant à l’époque des statues-menhirs en Languedoc.

Cette Jasse de Payrac a été restaurée il y a une vingtaine d’années. Elle date de plus de deux siècles. Cette construction est sur deux niveaux :

Un premier niveau avec une voûte arrondie en pierres sèches (en partie conservée) encastrée dans la colline après avoir déblayé les arènes granitiques (sabel). Elle offre une protection remarquable face aux intempéries.

L’expert a dit que les voûtes arrondies sont anciennes. On est sûr qu’existaient au Néolithique des voûtes en encorbellement en liaison avec l’apparition et le développement du mégalithisme en Europe occidentale. Voir en particulier le cairn de Barnenez, Cne de Plouezoc’h, en Bretagne, datant de 4500 à 4000 ans avant notre ère. Dans ce cas de figure, les dallettes sont toutes en position horizontale, celle du dessus dépassant de peu celle du dessous, vers l’intérieur.

Par contre, les voûtes clavées, caractérisées par la forte variation de l’inclinaison des dallettes : horizontales au bas, puis de plus en plus inclinées en progressant vers le haut, pour être verticales au sommet, sont manifestement d’époque plus récente (cf celle de Payrac).

Un deuxième niveau surmonté d’une toiture en genêts. A partir d’une charpente peu complexe à réaliser(1) , on tisse un réseau de branches de hêtre, sur lequel on insère des genêts purgatifs (réguerguès) et ensuite on pique des genêts à balai non putrescibles. Sur la cime de la toiture on pose des mottes de terre avec un réseau dense de racines offrant une grande étanchéité.

L’expert a validé la construction possible au Néolithique de toits équipés de chevrons sur lesquels reposent des branches de hêtre entrelacées, sous réserve de la présence de genêts. 

Ce qui est possible, bien que cette plante n’apparaisse pas dans les diagrammes issus des analyses polliniques réalisées à partir de prélèvements effectués dans les tourbières des Monts de Lacaune et du massif de l’Agout, au sein de niveaux d’âge protohistorique.

Encore une fois, l’hypothèse émise n’est pas une preuve, mais une démarche déductive sur ce qu’il était possible de faire localement au Néolithique : voûte en encorbellement insérée dans des arènes granitiques dégagées à flanc de coteau, surmontée d’un toit peut être en genêts.

Robert Pistre

(1) sur la photo ci-après montrant la Jasse de Murat avant pose des genêts, on voit que la charpente est d’une grande simplicité à réaliser.

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