Paulin de Naurois est issu d’une grande famille française, comptant dans ses ancêtres Jean Racine et une sœur de Jeanne d’Arc. Son père, ingénieur des mines était venu à Carmaux épouser une fille du marquis de Solages. Paulin était arrivé à Calmels, après avoir épousé Louise de Cluzel, héritière des Calmels de Lestiès.
René de Naurois est né à Paris, il est le fils de Jacques de Naurois, lui-même fils de Ludovic de Naurois. Il a eu une existence très riche : prêtre, militaire, universitaire et scientifique, il a aussi été déclaré Juste pour avoir sauvé des Juifs.
Il y aurait beaucoup à dire sur cet homme. Nous essayerons de donner l’essentiel, à partir d’extraits des Actes sur la Résistance catholique, à l’occasion des quatre-vingt ans la Lettre pastorale de Mgr Saliège sur la personne humaine de 1942.
LE PRÊTRE DANS LE SILLAGE DU CARDINAL SALIÈGE
René de Naurois entre dans les ordres, marqué par une famille comptant de nombreux prêtres : son oncle le chanoine de Lacger, son cousin, l’abbé de Solages et son jeune frère Louis le suivra dans cette vocation. Son père accepte qu’il prenne cette voie, à condition qu’il fasse des études supérieures. Ainsi en tant que germaniste s’intéressant à la philosophie hégélienne, il fait de nombreux séjours en Allemagne.
Il est ordonné prêtre par Mgr Saliège en 1936, puis nommé de 1937 à 1939 aumônier de la communauté française à Berlin. De là, il envoie à son évêque des rapports sur le nazisme qui ne seront pas sans influence sur les positions de l’évêque pendant la guerre. En cela, René de Naurois était sur la même ligne que Raymond Aron, contrairement à Jean-Paul Sartre (fasciné par Nietzsche puis Heidegger), tous deux partis aussi en Allemagne dans cette période, avant la guerre. Bien qu’il n’ait pas officiellement fait partie des services de renseignement français, ce sont les réalités vues, entendues et venues du terrain que Naurois a fait passer par la valise diplomatique à destination de son évêque de Toulouse et dans ses lettres personnelles à son cousin le recteur de l’Institut Catholique. Elles expliquent cette compréhension plus fine, dans certains cercles de l’archevêché toulousain, de la spécificité de la menace nazie pour la France.

A l’automne 1940, sur l’incitation de son ami, Pierre Dunoyer de Segonzac, il rejoint l’École des cadres d’Uriage, dont il devient aumônier et où il rencontre Hubert Beuve-Méry, futur directeur du Monde, Emmanuel Mounier. Dunoyer de Segonzac sera plus tard le chef des FFI du Tarn. Emmanuel Mounier sera le grand philosophe catholique français, fondateur de la revue Esprit et à l’origine du courant personnaliste en France.
Mais Uriage placé sous la protection de Vichy était en fait un lieu, où beaucoup de personnes pensaient autrement… Et René de Naurois en est chassé par Vichy en juillet 1941.
Rentré à Toulouse, Mgr Saliège, fort content de cet esclandre lui confie l’aumônerie du couvent Notre-Dame de la Compassion ainsi que l’aumônerie de l’association catholique des étudiants de Toulouse. Avec cette double mission, il arpente la région toulousaine et au-delà.
À l’automne 1942, après la fameuse lettre pastorale sur la personne humaine de Mgr Saliège, l’étau se resserre. Prévenu, qu’il va être arrêté, il obtient de son évêque l’autorisation de rejoindre l’Angleterre. Il traverse les Pyrénées grâce à des républicains espagnols et grâce au réseau des Frères des Écoles Chrétiennes, il arrive en Angleterre le 14 mars 1943.
LE MILITAIRE DES COMMANDOS KIEFFER

Lorsque la guerre est déclarée, il se trouve en juin 1940 à Paris. Avec des amis, il se replie sur Pau, où il entre en contact avec Mgr Saliège qui lui demande de rester en France, alors qu’il aurait souhaité mener le combat contre les nazis depuis l’étranger. Mgr Saliège lui dit : « Ce n’est pas fini … la résistance des Anglais, l’entrée en guerre possible des Russes, et, celle probable des Américains … ce n’est pas fini ! »
Arrivé en Angleterre au printemps 1943, il s’engage dans la France libre, il est reçu par le général qui lui laisse le choix entre l’escadrille Normandie, les parachutistes et les commandos. Naurois choisit ces derniers et de Gaulle lui dit : « Eh bien, soit, Naurois …vous serez marin ! »
S’en suivit une période d’inactivité où il eut l’honneur d’échanger avec la grande philosophe humaniste, Simone Weil, qui avait rejoint la France Libre. Elle devait décéder au mois d’août.
Fin mai 1944, René de Naurois est affecté au 1er Bataillon de Fusilliers Marins Commandos, dirigé par la Commandant Kieffer. Ainsi, il devient le fameux Padré des 177 Commandos français qui se lancent à l’assaut du Mur de l’Atlantique le 6 juin 1944, avec rang de capitaine. Ce furent les seuls soldats français associés aux Anglo-Américains pour l’opération du débarquement.
« À cinq heures du matin, le 6 juin, j’eus alors une vision inoubliable pour toute ma vie ; c’est-à-dire la mer, immense, jusqu’à l’horizon, couverte de bateaux ! en marche vers la Normandie et de plus petits bâtiments, dans lesquels les troupes montaient pour nous amener jusqu’à la côte… Tout le monde savait qu’on pouvait mourir et qu’on pouvait très bien ne pas faire deux mètres sur la plage, voire être abattu sur le bateau même au moment de débarquer. Tout le monde le savait on nous avait prédit 50% de pertes. »
Il faut imaginer ce qu’est la bataille amphibie pour cet aumônier muni de sa besace contenant des hosties consacrées et le voir rampant dans le sable sous les balles pour donner la communion aux soldats inquiets, blessés ou mourants qui la demandent. Le médecin du bataillon ayant été tué dès le début de l’action, Naurois eut à prodiguer nombre de soins en urgence. Avec aussi des détails inattendus …
« Arrivé presque à hauteur du casino à pied, marchand depuis 2 km mes bretelles ont cassé j’ai cru que j’allais être obligé de couper en pièce mon pantalon déjà trempé et déchiré pour pouvoir continuer à attaquer et là je me suis aperçu que j’avais l’un de mes caleçons blancs et non pas le caleçon de troupes couleur kaki. Si j’attaque en slip blanc, on va croire que je me rends et que c’est un drapeau blanc. C’était affreux, c’était horrible, c’était honteux, Je me suis dit tout le monde va me prendre pour un lâche. Ce type n’a plus de mouchoir alors il se rend avec son slip ! J’avais un vrai coup de au moral alors que ça tirait partout autour. »
Fort heureusement le pantalon est raccroché avec du fil électrique trouvé là, par terre, et l’honneur de l’aumônier des commandos resta sauf.
Au-delà du D-Day, le commando Kieffer, et son aumônier avec lui, est mobilisé pendant plusieurs longues semaines de combats intenses de la bataille de Normandie, sortant du rôle ponctuel habituellement donné aux commandos. Toujours plus près des hommes, célèbre ainsi avec le curé d’Amfreville une messe symbolique en plein air, le 14 juillet 1944, alors que les Allemands sont embusqués à trois cents mètres environ de la sortie du village.
Ensuite le commando a été affecté à un autre débarquement, moins connu mais tout aussi dangereux, le nettoyage des Bouches de l’Escaut aux Pays-Bas, baptisé opération Infatuate. Ce débarquement a lieu le 1er novembre 1944 et se solde par la libération de la ville de Flessingue, sur l’île de Waldcheren, où sont retranchés 10000 soldats allemands. Voici les paroles de son sermon, avant l’attaque de Flessingue :
« Nous sommes tous ici ce soir, comme nous serons tous dans quelques heures, coude à coude chargeant l’ennemi. N’analysons pas le motif particulier qui amène chacun d’entre vous à cette messe avant l’assaut. Un grand nombre d’entre vous, certes, les premières heures d’une grande attaque passées sont repris par leurs habitudes et leurs devoirs militaires au quotidien et négligent plus tard ces belles minutes de recueillement qui nous donnent la chance de nous sentir si près l’un de l’autre durant un office divin. Mais voyez-vous, Dieu, dans son infini bonté et sa grande miséricorde, ignorant vos faiblesses et pardonnant l’oubli, vous procurera cette nouvelle chance de vous recueillir tous ensemble et de vous permettre de vous sentir forts. Chacun de vous, à sa façon, ceux qui connaissent la prière, ceux qui l’ont oubliée et ceux qui n’ont jamais eu la chance de l’apprendre, élevez simplement vos âmes, vos pensées nobles vers Celui qui est plus grand que tout et vous aurez prié. Croisés de la liberté, Commandos volontaires, Dieu vous pardonne et je vous donne, en son nom, une absolution générale. »
Le Padre des commandos, finit la guerre avec l’attribution cumulée de la Military Cross, de la croix de guerre à 39-45, de la croix de la Libération et de la Légion d’honneur, devenant lieutenant-colonel des réserves. Ces citations, si elles consacrent sans conteste l’aumônier des commandos franco-britanniques, ne doivent pas faire oublier le résistant d’Uriage, puis de Toulouse. C’est cet ensemble continu qui fait le Compagnon de la Libération.

L’UNIVERSITAIRE ET LE SCIENTIFIQUE
Le plus frappant dans son personnage est son éclectisme et la profondeur de ses réflexions en plus de ses qualités humaines. On a déjà vu comment étudiant, il a tenu à aller en Allemagne pour mieux comprendre la philosophie de Hegel.
Mais aussi, dès son plus jeune âge il fut pris par une passion pour les sciences naturelles et particulièrement l’ornithologie. Grand sportif et bon alpiniste, il emmenait ses neveux à la montagne ou dans les forêts rechercher des nids et des œufs d’oiseaux dont il fit une collection personnelle importante. Et après la guerre, au lieu de valoriser le capital qu’avait représenté son aventure personnelle au combat, il passa son doctorat en ornithologie et rejoignit ainsi le CNRS comme chercheur où il fait une belle carrière dans cette spécialité. René de Naurois parcourut le monde à ce titre avec une prédilection particulière pour 3 territoires les îles du Cap-Vert, la Nouvelle-Calédonie et les îles Sao-Tomé-e-Principe.
LE JUSTE
Au retour d’Uriage, prêchant contre le nazisme et la collaboration, il organise des transports des israélites persécutés à travers les Alpes. Quand, à l’été 1942, il encadre les vacances d’un groupe d’étudiantes, il faut lire dans ses mémoires le récit du passage vers la frontière suisse d’une famille dont la grand-mère épuisée veut être laissée là, abandonnée au bord du chemin l’abbé de Naurois bon randonneur et alpiniste encorde la vieille dame pour la hisser dans la montagne et tout finit bien.
LE GAULLISTE
Ce qui le reliait profondément au Général, c’était d’avoir été comme lui, un Résistant de la première heure. Lors d’une réunion des Compagnons de la Libération, en 1958, il fit adopter une position commune de ces vétérans, appelant au retour au pouvoir de de Gaulle.
Il paya de sa personne, en se rendant à Alger, en mai 1958, avec Léon Delbecque et Lucien Nouwirth pour intriguer afin d’orienter la sortie du putsch vers l’arrivée au pouvoir du Général.

Ce texte a pu être écrit grâce à Jacques de Naurois qui m’a communiqué les Actes sur la Résistance catholique, à l’occasion des quatre-vingt ans la Lettre pastorale de Mgr Saliège sur la personne humaine de 1942. Jacques de Naurois nous avait transmis également les livres de compte tenus pour Paulin de Naurois sur la ferme de Calmels, après son arrivée en 1847.
Une vidéo résume bien la vie de René de Naurois.