André Roque est un agriculteur de Félines, qui a été un conteur intarissable et un chercheur infatigable sur notre mémoire. Très attaché aux monts de l’Espinouse et à la commune de Cambon-et-Salvergues, il a publié au CRPR un ouvrage : L’ESPINOUSE – LES POEMES ILLUSTRÉS DE CLEMENT VIEU – LES LIEUX SYMBOLIQUES que l’on peut trouver à la ferme de Rieumontagné.

Nous avons extrait ci-après les textes relatifs à La Chapelle de Saint-Martin-du-Froid, située dans un site sublime sur une hauteur de la commune de Cambon parfaitement adapté pour ce lieu sacré, lieu de pèlerinage annuel.

Voilà la description qu’en fait André Roque :

La première fois qu’on arrive en ce lieu, on est d’abord surpris après avoir traversé tant de sous bois sur un plateau en faible pente de découvrir au pied de la chapelle un tel panorama.

Notre regard se perd dans l’immensité par la vue fantastique que l’on a vers le Sud. Cette chapelle bien petite est d’une grande sobriété, les murs sont en pierres apparentes, el toit couvert de petites lauzes, l’auvent grandement ouvert par un porche et tout au fond un autel séparé par une grille.

L’abbé Azais (né à Fraisse, prêtre de La Salvetat, décédé en 1867) au milieu du XIXème siècle eut l’occasion de lire en Sorbonne une étude historique et archéologique sur Saint Martin du Froid (la chapelle n’était pas reconstruite quand il écrivait), et on peut le résumer ainsi : cette chapelle isolée, construite en des temps très reculés à 1064 mètres d’altitude sur ce plateau de l’Espinouse où vivait autrefois un ermite, devait servir de signal et de refuge dans les jours de tourmente si fréquents en hiver… Pendant des siècles, ele fut l’objet d’un culte populaire. Des tombeaux attestent qu’elle était consacrée à la sépulture des morts. Une de ses tombes est toujours au pied de la chapelle, elle est en grès rouge creusée en forme de sarcophage, le couvercle était sculpté d’une croix sur toute sa longueur sans aucune autre inscription (la sculpture se dégrade). Les archéologues précisent que c’est un sarcophage wisigothique.

Le grès rouge ne se trouvant pas dans ces montagnes de formation granitique, Sahuc, dans son dictionnaire topographique de l’arrondissement de Saint Pons, précise que la pierre provient de la Maurelle (proche de Mounès, Aveyron).

La «fontaine du Saint» est signalée aussi dans ce lieu et s’il n’y a rien aux abords immédiats de la chapelle, ce ne peut être que la source de la Peyroutarié décrite par la suite et qui se trouve 400 m plus loin, aujourd’hui creusée en «pesquié .»

Plusieurs fois reconstruite, après des années d’abandon, la chapelle actuelle vit le jour en 1880 édifiée sur les fondations anciennes par les paroissiens de Salvergues à l’initiative de leur curé, Mr Mingaud (longueur 8,50 m- largeur 2,60 m- hauteur 3,50 m).

Le 17 mai 1880, avec l’autorisation de Monseigneur de Cabrières, évêque de Montpellier, eut lieu la pose de la première pierre de la chapelle de Saint Martin.

«Dans la pierre angulaire de l’édifice et dans un tube en cristal a été enfermé avec plusieurs souvenirs de notre temps l’acte authentique écrit sur papier velin »

«Les fonds nécessaires à la construction de cet édifice furent fournis par les habitants du valon. Les travaux de main d’œuvre furent à la charge des paroissiens de Salvergues, principalement celle de Mr Henri Gros de Salvergues, qui de concert avec l’abbé Mingaud, furent les promoteurs de cette œuvre (Ceci est un extrait du registre de l’église de Salvergues)

Le 2 Août 1886, par permission spéciale de l’Evêque de Montpellier aeu lieu la bénédiction solennelle et l’inauguration de la Chapelle, présidée par l’abbé Michel, curé doyen de La Salvetat; la foule était évaluée à 1 200 personnes, venues de tous les points, malgré la pluie.

En 1888, le dimanche de la Madeleine (dernier dimanche de juillet) a été installée et bénite la statue de Saint Martin apportée de Toulouse par Melle Honorine Gros, institutrice habitante de Salvergues.

Le jour du pèlerinage, les pèlerins partaient de Salvergues en procession à travers les landes, pâtures et champs. Après l’office du matin ils mangeaient à la Peyroutarié où li y avait la source pour se désaltérer (la fontaine du Saint).

Maintenant la statue de Saint Martin n’est amenée à la chapelle que le jour du pèlerinage qui a lieu le 1″ jeudi d’août.Le sommet de la toiture de la chapelle indique 1069,20 mètres. De ce site dénudé, on peut apercevoir le ravin du Vialais, issu du Pas de la Lauze ; on aperçoit le lac de l’Airette qui recueille les eaux du ruisseau de la Roque, on pressent le petit hameau d’Hériic sur les pentes du Caroux mais aussi le célèbre rocher appelé Fourcat d’Héric (Rocher fourchu) avec en face le roc noir.

Au bord de la Forêt du Crouzet, la chapelle est restée longtemps sur des terrains incertains, soit de la Peyroutarié, soit de l’ONF. En 2000, un acte d’authenticité fut rédigé, où deux personnes âgées (Marthe Fages de Salverguettes, Emmanuel Guiraud de Salvergues), qui affirmèrent que depuis toujours cette chapelle avait été un bien d’Eglise. En 2003, l’édifice a été racheté par la Mairie de Cambon à l’Archevêché de Montpellier. Et sa restauration est prévue à l’automne.

Pour abonder encore dans la description de ce lieu, je cite Henri Amen, Président du Syndicat d’Initiative de Murat qui la décrivait ainsi il y a plus de 40 ans dans un article paru dans la presse :

«Le panorama que l’on découvre au sud de la Chapelle est un enchantement pour les yeux. Il est unique par son ampleur et par sa variété. À gauche, c’est la montagne de Sète, promontoire éclatant sous les feux du soleil ; au loin, c’est la magie de la mer ; à droite la ligne immaculée des monts pyrénéens. On ne saurait concevoir image plus radieuse. Lorsque s’arrachant à cette vision on avance de quelques pas en direction du Caroux dont la cime s’élève majestueusement comme dans une apothéose, la vue longe au fond d’un abîme insondable où coule une eau d’émeraude qui semble un reflet du ciel : ce sont les gorges d’Héric. Il est difficile de traduire la grandeur sauvage de cete brèche immense dont les parois montent vertigineusement jusqu’aux pieds même du sanctuaire. Sur ces bords escarpés végètent quelques arbres que les souffles du Nord dépouillent de leurs rameaux.

Au creux d’un rocher el hameau d’Héric, misérable et charmant vit sans doute ses derniers jours. Dans ce chaos dantesque La Chapelle, éternellement seule, contemple avec sérénité le monde monde fantastique qui l’entoure. La Foi qu’elle symbolise plane comme une ombre légère sur ce décor monstrueux et sa piété rayonnante confère une douceur infinie à tant de farouche beauté. »

LE POÈME DE CLÉMENT VIEU (né le 13 décembre 1892. il était le fils de Louis Vieu et Juliette Galtier)

LA CHAPELLE

Le soleil qui montait dans le clair firmament

Donnait à l’Espinouse un air grave et charmant :

Hameaux infortunés, ruines prophétiques,

Frais rivages bordés de bois mélancoliques,

Terres qui sommeillaient dans les plus beaux vallons,

Où les épis dorés fuyaient devant les joncs,

Vastes plateaux rendus à leur source première,

Tout pleurait et chantait sous l’ardente lumière.

Nous allions lentement à travers les genêts.

Les rires des enfants et leurs cris étonnés

Se mêlaient dans l’écho joyeux de la montagne.

Je suivais les ébats de ma jeune compagne.

L’herbe l’enveloppait. Seules ses boucles d’or

Au-dessus des genêts apparaissaient encor.

Un ciel profond et doux, aux teintes langoureuses

Baignait de son azur nos âmes valeureuses.

Par moment, l’horizon de pourpre se voilait.

La fraîcheur du matin que la terre exhalait

Encourageait nos pas et bientôt la bruyère

Nous livrait le chemin de l’étape dernière.

Un fragile sentier, souple et raide à al fois,

Nous conduisit, sans hâte, à l’ombre d’un grand bois.

La bise qui régnait dans ces lieux désertiques

Fouettait les noirs sapins aux branches squelettiques :

Fantômes nus, privés de leurs feuillages verts,

Comme en dut voir Orphée aux portes des Enfers.

La nature autour d’eux prenait un air sauvage:

Aux buissons plus de fleurs, aux sentiers plus d’ombrage.

Devant nous le Caroux, dont les flancs sont à pic,

Se dressait, orgueilleux, sur les gorges d’Héric.

Anos pieds s’étendait le précipice immense.

Au fond, comme un beau lac entouré de silence,

Une eau pure, irréelle, et d’un bleu de saphir,

Dormait et frissonnait sous quelque doux zéphyr.

Et près du bois, modeste et penchant vers l’abîme,

Apparut à nos yeux la chapelle sublime.

Elle semblait prier dans le soleil levant.

Basse, sur le coteau balayé par le vent,

Sentinelle accroupie au milieu d’un peu d’herbe,

Les rochers l’écrasaient de leur masse superbe.

Elle ne savait plus le nombre de ses ans.

Mais, chétive, à côté des sombres rocs géants,

Elle gardait toujours la vision profonde

 Des siècles où l’amour soulevait tout un monde.

Si frêle, près du gouffre et de Caroux altier,

Elle restait du ciel un solide pilier.

Fragile dans ses murs lézardés jusqu’au faîte,

Elle raillait le sort et bravait la tempête.

Humble dans son accueil et triste sous son toit,

Elle resplendissait de misère et de foi.

Nous demeurions pensifs devant tant de détresse

Unie à tant de force et à tant d’allégresse,

Et nous songions qu’un monde où l’espoir ne meurt pas

Est digne d’affronter al vie et son trépas.

A travers les barreaux robustes d’une grille,

On pouvait voir l’autel où nul cierge ne brille,

Mais dont un vague jour troublait l’obscurité ;

Et ce pauvre berceau, quand nous l’avons quitté,

Nous parut une nef prodigieuse et splendide.

Au dehors l’horizon devenait moins limpide,

Et l’immense décor qu’embrasse le regard

Se perdait dans la brume et nous venions trop tard.

Alors, abandonnant ce site féerique,

Nous avons salué la chapelle rustique ;

Son ombre, par degrés, sur les cimes décrut,

Et bientôt, la vision sublime disparut.

UNE VIDÉO QUE L’ON TROUVE SUR YOU TUBE PERMET DE DÉCOUVRIR LES PAYSAGES EN DIRECTION DE L’HÉRAULT DEPUIS SAINT-MARTIN-DU-FROID

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