La cardabelle

Par Philippe Durand
Description de la plante
La « Cardabelle », ou « Carline artichaut », est une plante vivace de la famille des Astéracées, dont le nom scientifique est Carlina acanthifolia subsp cynara. Elle se rencontre à l’ouest du Rhône, sur les pelouses sèches de moyenne montagne, aussi bien sur sol siliceux que sur sol calcaire. Elle est présente dans le Massif Central, surtout dans sa partie sud-est (Cévennes, Grands Causses, Monts de Lacaune) et dans les Pyrénées.
C’est une sorte de « chardon » sans tige, dont les fleurs sont groupées dans un gros capitule de 7 à 15 cm de diamètre, plaqué au sol au milieu d’une rosette étalée de feuilles épineuses.
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Cardabelle en fleurs
Les feuilles, au contour lancéolé, mesurent de 15 à 25 cm de longueur pour 4 à 8 cm de largeur. Leur limbe est découpé en 5 à 8 paires de lobes profondément dentés, aux dents terminées par de fortes épines orientées en tous sens. Le dessus du limbe est rapidement vert franc, presque sans poils, alors que le dessous reste duveteux blanchâtre, plus ou moins aranéeux chez les jeunes feuilles.
Le capitule est entouré d’une corbeille de bractées externes rigides, brun rouge, terminées en forte pointe très vulnérantes, et bordées d’épines parallèles, simples.
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Bractées externes du capitule, avant épanouissement
Lorsque les fleurs s’épanouissent, elles sont entourées d’une rangée de bractées internes, en longues lanières rayonnantes, non piquantes, d’un beau jaune doré ternissant peu à peu en cours de saison. Les fleurs fertiles sont jaune orangé, et s’ouvrent, comme chez les autres Astéracées, de l’extérieur vers l’intérieur du capitule.
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Capitule épanoui
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Ce qu’il reste du capitule en hiver
La sous-espèce Carlina acanthifolia subsp. acanthifolia, qui se rencontre à l’est du Rhône (Alpes du sud, française et italiennes), a des feuilles velues sur le dessus, des bractées externes à épines non toutes parallèles (certaines portent de petites épines rayonnantes) et des bractées internes d’un jaune plus pâle.
Son nom…
Son nom occitan est Carda bèla, qui a donné en français « cardabelle ».
Le nom occitan est composé de Carda, qui vient du latin Carduus (nom général des plantes épineuses de type « chardon ») et de bèla, qui signifie, selon le contexte, aussi bien « belle » que « grande » ou « grosse ».
Le mot « carda », utilisé seul, peut désigner en occitan aussi bien une carde, outil utilisé pour démêler la laine, que le cardon (Cynara cardunculus), plante aux feuilles et bractées du capitule épineuses (contrairement à celles de l’artichaut), dont les côtes des feuilles sont consommées comme légumes.
En occitan, le chardon lui-même sera appelé « caucida » ou « cardon ».
Les utilisations traditionnelles de la Carda bèla
Attention : l’espèce est protégée, et la récolte de la Cardabelle est parfois règlementée par des arrêtés préfectoraux.
Autrefois, les jeunes capitules de cardabelle étaient consommés comme des artichauts. Cette pratique a peu à peu disparu, car ces capitules sont longs à récolter et à préparer, et de surcroît très amers.
La cardabelle, riche en tanins, servait d’antiseptique et de cicatrisant. Comme l’artichaut et le chardon-Marie, elle était utilisée pour soigner des troubles hépatiques légers. Sa racine contient de l’inuline.
Dans les Grands Causses, la cardabelle, comparée à un soleil radieux, a longtemps été considérée comme un porte-bonheur, protecteur des troupeaux et des populations humaines. C’est une plante emblématique des Grands Causses (Causses de Sauveterre, Causse Méjean, Causse Noir, Causse du Larzac), et on en trouve souvent des exemplaires séchés cloués sur les portes des habitations ou des bergeries. Et, en plus, la cardabelle sert d’hygromètre : les bractées internes du capitule, même sur les plantes séchées, se referment lorsque le taux d’humidité de l’air augmente, et s’ouvrent à nouveau lorsque l’air redevient sec.
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Carda bèla séchée, clouée sur une porte, à La Couvertoirade
Une entreprise de Sainte Eulalie d’Olt (vallée du Lot, en amont d’Espalion) fabrique des cardabelles en bronze, très décoratives.
Avant que l’on sache fabriquer de fins fils métalliques, les cardes étaient fabriquées à partir de végétaux : sur les Grands Causses, la cardabelle a été utilisée pour nettoyer la laine de ses impuretés, la démêler et aligner ses fibres pour pouvoir en faire du fil, ensuite pour la finition des tissus après tissage.
Le cardage était souvent effectué à l’aide de capitules de cardère (Dipsacus fullonum, à bractées épineuses droites, ou mieux Dipsacus sativus, à bractées épineuses courbées vers le bas). Ces capitules étaient assemblés dans un cadre muni d’un manche, utilisé à la main, ou étaient montés sur des cylindres de cardeuses mécaniques, comme celle qui est présentée au Musée du Textile de Labastide-Rouairoux.

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